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Communiqué du Cardinal Lustiger

Cardinal LustigerN'ayant pu être présent au colloque pour des raisons de santé, le Cardinal Jean-Marie Lustiger a adressé un communiqué aux participants du 5e colloque de bioéthique réunis sur le thème "Comment agir en conscience ?"


Chers amis,

 

C’est par la prière pour vous-même, participants au colloque de bioéthique de Paray-le-Monial et pour tous ceux qui bénéficieront du résultat de vos travaux que je vous rejoindrai.

« Agir en conscience », cette formule recouvre un enjeu décisif, à condition de bien comprendre ce qu’elle veut dire. Cela est d’autant plus capital et urgent que les décisions médicales les plus importantes peuvent être laissées à « la conscience du médecin ».

Le droit parle de la liberté de conscience. On désigne ainsi ce qu’il y a de plus intime et donc de plus subjectif dans l’esprit humain. Visant le plus souvent les convictions religieuses - ou leur refus -  la revendication de la liberté de conscience affirme  ainsi la liberté souveraine de chacun et le refus de toute coercition pour imposer une croyance ou une opinion. Circonscrire ainsi la « conscience » c’est la réduire à la subjectivité et à son droit imprescriptible à se déterminer elle-même.

 

Mais une telle définition oublie un autre aspect capital :  faire appel à la conscience pour déterminer la justesse d’une action, c’est affirmer que la conscience morale de l’homme est capable de découvrir avec une certitude suffisante comment telle action est conforme au bien de l’homme ou lui est contraire et doit donc être définie comme un mal à éviter.  Et si cela est un mal, la notion de moindre mal n’est certainement pas suffisante pour rendre conforme au bien de l’homme ce qui est jugé comme lui étant contraire, même s’il paraît moindre. C’est là un premier point non accessoire qu’il conviendrait de clarifier.

 

Si, dans certains cas, le médecin est renvoyé à sa conscience personnelle pour agir conformément au bien du patient, cela suppose que la conscience sache déterminer dans des circonstances particulières et singulières quel est le bien qu’il faut poursuivre pour être fidèle à la dignité d’un être humain et de sa vie remise entre les mains d’autrui. Ainsi l’exercice rationnel de la moralité humaine doit s’exercer souvent dans la solitude et toujours dans l’ambiguïté de situations où beaucoup de facteurs échappent à la maîtrise de la raison, mais où ni l’affectivité, ni  l’intuition ne permettent d’apporter une réponse suffisante. Agir en conscience suppose donc que la conscience de celui qui est appelé à le faire ait su s’exercer à découvrir le vrai et le bien de tout homme et à en vivre pour soi-même et pour autrui. Le croyant sait que la prière peut l’aider à purifier son intelligence et ainsi permettre à la raison de mieux comprendre les choix possibles et les enjeux.

 

Cette tâche difficile met en lumière la beauté et la grandeur de la condition humaine en même temps qu’elle accroît la responsabilité de chacun à l’égard d’autrui.

 

 Paris, le 11 novembre 2006

 

+cardinal Jean-Marie Lustiger

 

 
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