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Intervention 6e colloque Marc AilletL’ÉVANGILE DE LA VIEDANS LA MISSION PROPHÉTIQUE DE L’ÉGLISELa vie humaine est-elle toujours un bien ? Il n’est pas facile de répondre à cette question à l’heure où notre société connaît une inquiétante « éclipse de la valeur de la vie ». Confronté à de nombreuses et douloureuses situations, beaucoup de nos contemporains ont du mal à y répondre de manière tranchée et expriment plus volontiers leurs doutes, leurs interrogations, voire leur révolte : la vie est-elle encore un bien lorsqu’elle est condamnée à un mal incurable ? Est-elle encore un bien lorsqu’elle n’est pas désirée parce qu’elle contrarie des équilibres humains réels, d’ordre économique, social ou psychologique ? Ou bien lorsqu’elle risque d’accroître des situations de famine et de précarité, comme en connaissent tant de pays en voie de développement ? La vie est-elle un bien lorsqu’elle vient au monde avec un handicap grave qui la limite dans sa capacité d’épanouissement humain plénier ? La vie humaine est-elle toujours un bien lorsqu’une malformation génétique invalidante est détectée à l’état embryonnaire, la condamnant parfois même à la non viabilité à plus ou moins court terme ? On pourrait prolonger la litanie à l’infini. La réponse de l’Église, nous la connaissons : elle est sans appel. Oui, la vie est toujours un bien, car elle est toujours un don de Dieu qui seul est l’auteur de la vie et peut la mener à sa perfection. Comme le souligne Jean Paul II dans son encyclique Evangelium Vitæ, c’est précisément dans les situations de souffrance, qui défient la foi et la mettent à l’épreuve, que la Révélation fait le mieux saisir la bonté absolue de la vie humaine : « Toutes les choses que Dieu a faites sont bonnes en leur temps », déclare le Qohélet (3, 11). C’est encore dans la précarité de l’existence humaine que Jésus portera à son accomplissement le sens de la vie : comme l’écrit encore Jean Paul II, « C’est dans la vie même de Jésus, du début jusqu’à la fin, que l’on retrouve cette singulière ‘dialectique’ entre l’expérience de la précarité de la vie humaine et l’affirmation de sa valeur » (EV 33). L’affirmation de la valeur et de l’inviolabilité de toute vie humaine, depuis sa conception jusqu’à sa mort naturelle, non seulement n’est pas étrangère aux situations douloureuses auxquelles nos contemporains sont souvent confrontés souvent sans résistance, mais, dans la Révélation comme dans le discours de l’Église, elle jaillit du cÅ“ur même de la souffrance que Jésus a précisément assumée pour faire triompher la vie : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10, 10). I. La mission prophétique de l’Église
C’est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes
C’est que l’affirmation de ce que Benoît XVI a qualifié cette année devant des parlementaires européens de « principes non négociables », comme l’est celui de la valeur et de l’inviolabilité de la vie humaine depuis sa conception jusqu’à son terme naturel, appartient à la mission prophétique de l’Église : au-delà des lois de la communication humaine proprement dite, elle voit plus loin que les réactions affectives provoquées par ses interventions. Elle sait, comme l’écrivait Jean Paul II, qu’« En réalité, la vraie compréhension et la compassion naturelle doivent signifier l'amour de la personne, de son bien véritable et de sa liberté authentique. Et l'on ne peut certes pas vivre un tel amour en dissimulant ou en affaiblissant la vérité morale, mais en la proposant avec son sens profond de rayonnement de la Sagesse éternelle de Dieu, venue à nous dans le Christ, et avec sa portée de service de l'homme, de la croissance de sa liberté et de la recherche de son bonheur . » (VS n. 95).
La leçon du prophétisme d’Israël
Toute l’histoire du prophétisme hébreu nous enseigne que le vrai prophète est celui qui est créé par Dieu pour transmettre au peuple d’Israël — et à travers lui, à toute l’humanité — un message de la part de Dieu ; souvent contre son gré, signe de l’authenticité même de sa vocation. Ce message porte précisément sur l’avenir de l’homme qui doit s’accomplir en Jésus-Christ, en qui l’homme est restauré dans sa pleine dignité d’image de Dieu. La Bible fait bien la différence entre les prophètes de cour qui annoncent aux puissants ce qu’ils veulent entendre et le vrai prophète qui communique un message qui dérange la « vieille humanité » toujours tentée par le paganisme et l’idolâtrie. Le prophète doit se faire l’interprète du dessein de Dieu de créer une humanité sainte, qui est en genèse dans le peuple élu. Mais l’homme pécheur répugne à ce projet de Dieu et le prophète est toujours persécuté.
La manière prophétique de Jésus
Après cela, Jésus décidera de se retirer en dehors des villes, dans des endroits déserts, au bord du lac de Tibériade ; et c’est là qu’il livrera l’essentiel de son enseignement sur le Royaume des Cieux et sa justice aux foules qui le rejoignent en grand nombre, avides d’entendre sa Parole, en quête de sens et de bonheur. Quand Jésus ouvre la bouche pour instruire ces foules de pauvres, marqués par toutes sortes d’épreuves physiques, morales, sociales, économiques, de quoi leur parle-t-il ? Il leur parle des exigences de justice à laquelle il appelle ses disciples sans doute et dont le Sermon sur la montagne est rempli ; mais il leur montre aussi comment ces exigences répondent au désir de bonheur qui est dans leur cÅ“ur, car il sait que le désir du bonheur est le premier sentiment moral de l’homme, avant même le sentiment du devoir ! Rejoignant ainsi la sagesse philosophique des grecs, à commencer par Aristote dans son Éthique à Nicomaque, Jésus répond aux désirs des hommes de tous les temps. Les Béatitudes qui introduisent tout le Sermon sur la Montagne, où Jésus répète jusqu’à huit fois « heureux, bienheureux », sont la clé d’interprétation de tout l’enseignement moral exigeant du Christ (cf Mt 5-7). Autrement dit : Jésus commence par proclamer la Vérité haut et fort, au risque d’être rejeté, puis il enseigne les hommes de bonne volonté qui ont été touchés au fond d’eux-mêmes par cette proclamation.
Jésus se situe donc dans la lignée des prophètes d’Israël et appelle ses disciples à faire de même. Il les prévient sur les conditions de leur mission prophétique : les vrais prophètes sont nécessairement rejetés ! Rejetés par les puissants, ceux qui exercent un pouvoir sur leurs contemporains, les décideurs de la vie publique, ceux auxquels les medias donnent une audience. Mais les petits, les pauvres, les hommes de bonne volonté, ceux qui n’ont pas la parole, à qui l’on refuse l’accès à la Vérité, que l’on désoriente en brouillant leurs repères, sont rejoints dans leur cÅ“ur et alors tout devient possible, même si les autres auront raison du prophète. Voilà pourquoi l’Église n’hésite pas à proclamer publiquement l’Évangile de la vie : annonçant, dénonçant, mais s’engageant aussi. Les Papes — je pense particulièrement à Jean Paul II et à Benoît XVI — nous en donnent un exemple éclatant, ne manquant aucune occasion de rappeler sans concession la valeur et l’inviolabilité de la vie humaine. Ils savent très bien que l’opposition du monde à leurs déclarations sera surmédiatisée, provoquant des salves d’indignation : s’ils n’hésitent pas à braver ces levées de bouclier, c’est parce qu’ils savent que les hommes de bonne volonté, au-delà des déchaînements médiatiques, seront touchés ! C’est le style utilisé aussi par le cardinal André Vingt-Trois, nouveau président de la Conférence des évêques de France, dans le discours de clôture de l’assemblée plénière de Lourdes : « Notre mission, c’est aussi d’alerter les consciences de nos contemporains. Nous le savons, les occasions ne manquent pas. La prochaine révision des lois de bioéthique supposera des interventions qualifiées auxquelles une cellule de notre conférence travaille déjà . Mais, plus profondément que les prises de position nécessaires sur tel ou tel sujet particulier, c’est tout un état d’esprit qui est en cause, une mentalité. Tous doivent travailler à ce niveau de profondeur où affleure la question de l’homme, de sa dignité et de sa vocation. Nous ne pouvons rester comme des chiens muets quand nous voyons se développer une sorte d’instrumentalisation rampante de la personne humaine ». II. La mission prophétique de l’Église rejoint la conscience de tout homme
La Vérité réaffirmée par l’Église avec force, loin d’être abstraite ou éloignée des préoccupations quotidiennes de tout un chacun, comme on lui en fait souvent le grief, est inscrite au plus intime de la conscience. Comme l’écrit Jean Paul II : « Dans le Christ, en effet, est définitivement annoncé et pleinement donné cet Évangile de la vie qui, déjà présent dans la Révélation de l’Ancien Testament, et même inscrit en quelque sorte dans le cÅ“ur de tout homme et de toute femme, retentit dans chaque conscience ‘dès le commencement’, c’est-à -dire depuis la création elle-même, en sorte que, malgré les conditionnements négatifs du péché, il peut aussi être connu dans ses traits essentiels par la raison humaine » (EV 29). Nous avons tous maints témoignages qui attestent de la réalité de cette loi inscrite dans le cÅ“ur de l’homme, « que l’homme ne s’est pas donné à lui-même mais à laquelle il est tenu d’obéir » (Gaudium et spes n. 16), ce que saint Paul relevait en disant: « Ils (les païens privés de la Loi) montrent la réalité de cette loi inscrite en leur cÅ“ur, à preuve le témoignage de leur conscience, ainsi que les jugements de blâme ou d’éloge qu’ils portent les uns sur les autres » (Rm 2, 14-15). Je pense à cette jeune fille de mon groupe d’aumônerie du lycée de Saint-Raphaël, qui réagissant au discours exigeant du pape Jean Paul II devant 50 000 jeunes réunis au Stade Gerland de Lyon en 1986, me confiait malgré sa vie en contradiction avec les exigences morales martelées par le Pape : « J’étais profondément d’accord avec lui ». Et le Saint-Père, en réponse à la question : « Très Saint-Père, ne nous donnez pas des interdits, donnez-nous des raisons de vivre ! », avait fait cette remarque lumineuse : « En vous transmettant les exigences de l’Évangile, je vous ai donné des raisons de vivre. Cependant il y a quelque chose qui est toujours interdit, c’est le mal moral ! Mais ce n’est pas le Pape qui vous l’interdit, c’est votre conscience ». « Le premier Pape, disait le Cardinal Newman, converti de l’anglicanisme, c’est la conscience ». Dans ce sens, le Pape Benoît XVI écrit dans son message pour la journée mondiale de la paix 2007 : « La « grammaire » transcendante, à savoir l'ensemble des règles de l'agir individuel et des relations mutuelles entre les personnes, selon la justice et la solidarité, est inscrite dans les consciences, où se reflète le sage projet de Dieu (…). Dans cette perspective, les normes du droit naturel ne doivent pas être considérées comme des directives s'imposant de l'extérieur, contraignant presque la liberté de l'homme. Au contraire, elles doivent être accueillies comme un appel à réaliser fidèlement le projet divin universel inscrit dans la nature de l'être humain » (La personne humaine, cÅ“ur de la paix, n. 3). Elle parie sur la dignité de la conscience
III. Conjuguer la mission prophétique avec un langage crédibleUn enseignement plus apologétique
La question demeure donc de savoir comment l’enseignement de l’Église pourra traverser cette gangue et trouver le chemin du cÅ“ur où elle sait pouvoir susciter un écho salutaire. Ne faudra-t-il pas allier à la proclamation prophétique de la Vérité un enseignement plus apologétique de la morale qui sache prendre l’homme d’aujourd’hui là ou il en est, au niveau de ses émotions certes, mais pour lui faire découvrir les émotions plus profondes de son cÅ“ur épris légitimement de liberté et en quête de bonheur ? Comment dire à l’homme d’aujourd’hui que la Vérité morale rend pleinement libre et heureux, là où « trompé par des prophètes de bonheur facile », « il en arrive à marcher dans le tunnel de la solitude et finit souvent esclave de l’alcool ou de la drogue » (Benoît XVI, message de Noël 2006) ? Cet enseignement ne pourra pas non plus faire l’économie d’une annonce kérygmatique qui le situe dans le cadre plus large de l’annonce du Salut accompli en Jésus-Christ mort et ressuscité. Cette apologétique pourra même être souvent comme le préalable à la proclamation du Salut. Dans son discours de clôture, le Cardinal Vingt-Trois affirme encore : « Dans une société qui fait de la protection un slogan politique et de la proximité et de la compassion un exercice médiatique, il me semble que notre approche du salut mériterait d’être approfondie ». Un langage crédible, c’est-à -dire cohérent avec les désirs du cÅ“ur de l’homme
Il nous faut donc trouver un langage crédible. Si la foi consiste à adhérer à la Vérité révélée pour le seul motif que Dieu se révèle, on sait pour autant, comme dit saint Thomas, « qu’on doit voir qu’il faut croire » (II-II q. 1, a. 4, ad 2). C’est ce qu’on appelle une « évidence de crédibilité », qui dispose à l’acte de foi, lequel est une grâce, un don de Dieu. Ces évidences de crédibilité sont la qualité du témoin, les signes ou miracles qu’il accomplit, la cohérence de son discours… Par analogie, il faut voir qu’il faut adhérer aux grands principes de la morale. L’enseignement de la Vérité ne suffit pas : il faut des évidences de crédibilité pour disposer l’homme d’aujourd’hui à y adhérer pleinement. Là encore, c’est la qualité du témoin qui est en jeu et la cohérence de son discours avec les désirs les plus profonds du cÅ“ur de l’homme. Le charisme du discours
Il faut sans doute d’abord soi-même être à l’écoute de l’Esprit Saint, être un auditeur assidu de la Parole de Dieu, entrer dans la compassion du Seigneur pour les hommes de notre temps, par le moyen de la Parole et des sacrements. Puis il faut redoubler d’efforts pour trouver « un langage crédible », dans lequel le poids des mots est indissociable du témoignage de vie. Car reste vraie cette parole lumineuse de Paul VI, dans Evangelii nuntiandi : « L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins » (n. 41). Il faut encore une inlassable patience qui ne renonce jamais pour autant au courage de la Vérité : « Ne diminuer en rien la salutaire doctrine du Christ, est une forme éminente de charité envers les âmes » (Paul VI, Humanæ Vitæ n. 29). Car « Il convient d’employer un style aimable, positif qui ne blesse pas les gens, tout en « blessant » les consciences… sans avoir peur d’appeler les choses par leur nom » (Congrégation pour le Clergé, Le prêtre, maître de la Parole, ministre des sacrements). Et il faut croire que le même Esprit Saint qui inspire cet enseignement de la Vérité dispose aussi le cÅ“ur des hommes de bonne volonté à y donner leur assentiment (HV n. 29). IV. La voie du bien commun
Comme l’affirme Benoît XVI dans son encyclique Deus Caritas est , l’Eglise « ne peut ni ne doit non plus rester à l’écart de la lutte pour la justice. Elle doit s’insérer en elle par la voie de l’argumentation rationnelle et elle doit réveiller les forces spirituelles, sans lesquelles la justice, qui requiert aussi des renoncements, ne peut s’affirmer ni se développer. (…) l’engagement pour la justice, travaillant à l’ouverture de l’intelligence et de la volonté aux exigences du bien, intéresse profondément l’Église » (n. 28). C’est précisément à ce niveau de l’argumentation rationnelle, comme ouverture de l’intelligence et du cÅ“ur aux exigences du bien, que doit se situer aussi la mission prophétique de l’Église, en particulier dans l’annonce de l’Évangile de la vie. Les inclinations de la nature humaine au bien
Et à quoi l’homme se sent-il attiré spontanément ? D’abord, comme tous les êtres, à conserver son être selon sa nature propre ; puis, comme tous les animaux, à transmettre la vie : c’est l’inclination sexuelle ; enfin conformément à sa nature propre qui est spirituelle, à connaître la vérité — sur Dieu, précise saint Thomas — et à vivre en société. Ces inclinations, qui fondent l’agir de l’homme, et qui expriment ensemble son inclination fondamentale au bien, sont formulées par la raison pratique sous forme de préceptes : tu dois tout faire pour conserver ton être propre ; pour transmettre la vie ; pour connaître la vérité et vivre en amitié avec tes semblables. En découlent les préceptes de la loi naturelle : honore ton père et ta mère, tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas, tu ne mentiras pas etc. Ressaisis au niveau de la société, ces inclinations naturelles fondent pour tous des droits universels, inviolables, inaliénables, qui doivent donc être promus et protégés, et aussi des devoirs qui garantissent la promotion et la protection des droits d’autrui.
Bien particulier et bien commun
Ainsi, d’instinct, l’homme qui aspire à conserver sa vie, à la faire croître et à la défendre contre tout ce qui la menace, est préservé du repli égoïste sur soi par l’inclination naturelle à la vie en société, au-delà de l’utile — car il pourrait encore risquer à ce niveau d’asservir les autres à son bien de manière utilitariste, au mépris de l’égalité entre tous —, jusqu’à trouver sa joie accomplie dans la gratuité de l’amitié. C’est à ce niveau que se réalise le plus pleinement l’inclination naturelle de l’homme à la vie en société : la fin de la société, c’est même l’amitié entre tous les hommes qui la composent pour leur permettre d’accomplir ensemble des Å“uvres de qualité ; ces Å“uvres, qui qualifient ou bonifient chacun des membres de la société, ne sauraient se réduire aux activités corporelles, matérielles, économiques, parce que l’homme trouve son bonheur dans la culture au sens le plus noble du terme, c’est-à -dire dans la contemplation de la vérité et l’accomplissement des vertus, principalement la justice et l’amitié. C’est le rôle de la loi que d’assurer l’amitié entre tous les membres de la cité ; et une loi qui condamnerait tel membre innocent au profit d’un autre serait « plus une violence qu’une loi », dit saint Thomas (cf. I-II q. 93 a. 3 ad 2). C’est ainsi que des parents se sacrifieront spontanément pour leurs enfants, qu’un homme pourra être amené à sacrifier sa vie pour préserver la paix durable de sa patrie. Et Jésus pourra affirmer en vérité, ce qui force l’adhésion du cÅ“ur de tout homme de bonne volonté, qu’« Il n’y a pas de plus grand amour que donner sa vie pour ses amis » (Jn 15, 13).
Le bien commun est donc la garantie des droits de la personne humaine et leur donne un avenir : il assure à tous, sans acception de personne, les conditions nécessaires à leur épanouissement plénier conformément à leur dignité personnelle, qui ne peut jamais être asservie, ni aux intérêts particuliers de quiconque, ni à l’intérêt général. Le principe du bien commun découle en effet de la dignité, de l’unité et de l’égalité de toutes les personnes qui composent la société. Mais cette garantie est le fruit des efforts volontaires de tous les membres pour le promouvoir et l’enrichir continuellement : il y a une interdépendance entre le bien particulier et le bien commun qui seule peut assurer la cohésion sociale et le bonheur de tous. Bien commun et liberté
C’est que, au fondement de la culture individualiste qui imprègne notre société d’aujourd’hui, il y a, comme le disait Jean Paul II, une conception pervertie de la liberté, « une conception de la liberté qui exalte de manière absolue l’individu et ne le prépare pas à la solidarité, à l’accueil sans réserve ni au service du prochain (…) une liberté individualiste qui finit par être la liberté des ‘plus forts’ s’exerçant contre les faibles près de succomber » (EV 19). C’est une liberté qui précède toute inclination de la nature, une liberté dite d’indifférence qui engendre ou bien le libéralisme absolu, ou bien le totalitarisme : car il n’y a que la loi qui puisse, de l’extérieur la contraindre et l’obliger. C’est « une liberté qui s’arrête là où commence celle des autres », comme si l’autre était appréhendé avant tout comme un obstacle et une menace ; là où la liberté, orientée de l’intérieur par les inclinations naturelles au bien, comprend d’instinct l’autre comme un collaborateur et un ami. « Avec cette conception (individualiste) de la liberté, écrit encore Jean Paul II, la vie en société est profondément altérée. Si l'accomplissement du moi est compris en termes d'autonomie absolue, on arrive inévitablement à la négation de l'autre, ressenti comme un ennemi dont il faut se défendre. La société devient ainsi un ensemble d'individus placés les uns à côté des autres, mais sans liens réciproques: chacun veut s'affirmer indépendamment de l'autre, ou plutôt veut faire prévaloir ses propres intérêts. Cependant, en face d'intérêts comparables de l'autre, on doit se résoudre à chercher une sorte de compromis si l'on veut que le maximum possible de liberté soit garanti à chacun dans la société. Ainsi disparaît toute référence à des valeurs communes et à une vérité absolue pour tous: la vie sociale s'aventure dans les sables mouvants d'un relativisme absolu. Alors, tout est matière à convention, tout est négociable, même le premier des droits fondamentaux, le droit à la vie » (EV 20).
Une liberté qui a besoin d’être libérée
Dans l’un de ses derniers messages — c’était à Lourdes le 15 août 2004 —, Jean Paul II lançait en conclusion de son homélie, où il avait lancé un appel vibrant à la protection de la vie depuis sa conception jusqu’à son terme : « La Vierge de Lourdes a enfin un message pour tous: le voici: soyez des femmes et des hommes libres ! Mais rappelez-vous: la liberté humaine est une liberté marquée par le péché. Elle a besoin elle aussi d’être libérée. Christ en est le libérateur, Lui qui «nous a libérés pour que nous soyons vraiment libres» (Ga 5, 1). Défendez votre liberté ! ».
Conclusion
Le 11/11/2007 D. Marc Aillet, Csm Vicaire général du diocèse de Fréjus-Toulon
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