Amour et Vérité

"L'avenir de l'humanité passe par la famille"
Jean-Paul II
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Mission

La famille missionnaire (D. et B. Vermersch)

« ÃŠtre une famille missionnaire est peut-être l'héritage le plus précieux que les parents peuvent transmettre à leurs enfants ».

 

Quelle est la mission particulière de la famille chrétienne dans le monde, en ce début du troisième millénaire ?

B. : comme pour tout chrétien, c'est une mission d'évangélisation dans un monde qui n'est plus chrétien. Celle-ci est particulière car il s'agit d'évangéliser en tant que famille. D'abord par le témoignage : être un « pont » entre ce que propose l'Église qui est un chemin de bonheur et la réalité parfois dramatique des familles d'aujourd'hui. Ensuite, par le dialogue : à nous, familles, de trouver les mots qui nous permettront de rejoindre les personnes concernées sans les culpabiliser et en même temps en les aidant à avancer. La famille chrétienne doit rendre accessible ce qui paraît fou à beaucoup. Par exemple, nombreux sont ceux qui pensent aujourd'hui sincèrement que vivre avec la même personne toute sa vie est impossible...

D. : II s'agit donc d'une mission au quotidien en vivant une réelle proximité avec toutes les familles que nous côtoyons : travail, quartier, paroisse et même dans nos propres familles. Ceci nous amène à faire nôtres en quelque sorte leurs joies mais aussi leurs difficultés. En l'espace d'une génération, la situation de la famille a beaucoup changé. Quand nous nous sommes mariés il y a dix-sept ans, les choses étaient plus simples : dans les milieux chrétiens, dès lors que l'un avait un travail stable et suffisamment rémunéré, l'autre faisait encore assez souvent le choix de rester à la maison. En l'espace de quelques années, le travail est devenu beaucoup plus précaire alors que la séduction de l'argent demeure omniprésente. Concilier un certain niveau de vie, l'ouverture à la vie (les enfants) et la quête de sens renvoie à la question des choix qui ont été faits ou qui n'ont pas été faits. Certains jeunes couples se font ainsi engloutir par une vie professionnelle qui règne sans partage... C'est un engrenage infernal duquel personne n'est à l'abri aujourd'hui et qui a des répercussions très grandes sur la vie de famille... Parfois, certains, en prenant un peu de recul, sont à même de poser des choix courageux et difficiles mais nécessaires à un plus grand équilibre, voire même, dans certains cas, à la survie de leur couple.

B. : On pourrait nous faire croire qu'il s'agit d'un choix exclusif : ou la famille ou la carrière. L'individualisme libéral, sous couvert de tolérance, nous impose en fait des modèles de réussite tyranniques et uniformes. C'est l'esprit du monde dont Jésus nous parle dans l'Évangile et avec lequel nous sommes tous complices : reconnaissance sociale, avancement professionnel " à tout prix ". Souvent, c'est cela qui nous accable et nous écrase et c'est en ce sens également que nous pouvons comprendre ce fardeau évoqué par Jésus : " Venez à moi vous tous qui peinez et ployez sous le poids du fardeau " (Mt 11, 28). Seul le Christ en effet peut nous soustraire à l'emprise de l'esprit du monde et nous montrer ce qu'il y a de meilleur pour chacune de nos familles. Car chaque famille est unique et pour chacune d'entre elles, la réponse à l'invitation de Jésus correspond à un équilibre familial, professionnel et apostolique particulier. Et cela dépasse largement le débat classique : femme au travail / femme au foyer. Ainsi, suivre le Christ nous invite parfois à être capable de se remettre en cause et dire : " Moi, je ne veux pas mener ma vie de cette manière-là : je veux avoir une vraie vie de famille, m'engager auprès des plus pauvres, etc. " Je connais une jeune épouse qui vient de renoncer à des responsabilités importantes en choisissant un temps partiel afin d'œuvrer comme bénévole auprès des personnes âgées les plus démunies.

 

Quelles sont les difficultés principales auxquelles la famille est confrontée et comment les surmonter ?

D. : Comme difficulté essentielle, je citerai l'isolement des jeunes couples et familles lors des choix que nous venons d'évoquer, isolement pas toujours perceptible de prime abord. En effet, ces " ruptures " vont à rencontre du mimétisme social ; parfois de la pression subtile des parents qui ne se rendent pas toujours compte que " l'ascenseur social " a un coût plus élevé que par le passé. Enfin, l'hyper activisme professionnel réduit d'autant la possibilité d'autres relations sociales gratuites.

B. : Face à ce problème de l'isolement, il est vital que chaque famille puisse s'appuyer sur des " familles élargies " que doivent être nos communautés chrétiennes : des lieux de solidarité et d'encouragement dans les choix promoteurs d'une culture pour la vie. Car, en définitive, c'est dans la famille que nous apprenons la gratuité appelée ensuite à se déployer dans toutes les autres sphères de la vie sociale. Nos contemporains découvrent qu'une société uniquement marchande (tout s'achète, tout se vend, jusqu'à la vie) ne peut pas perdurer s'il n'y a pas ce terreau de gratuité que constitue la famille.

Quels défis la famille a-t-elle à relever ?

D. : Ce sont les défis mêmes de la société humaine, parce que la famille est le fondement et le modèle de toute société. Prenons alors l'exemple démographique: depuis près de 25 ans, pays occidentaux présentent des taux de fécondité insuffisants pour le remplacement des générations. On sait par ailleurs que l'Occident est un modèle précurseur pour bon nombre d'autres pays... De fait, la promotion de la vie humaine constituera l'enjeu essentiel de l'action politique de demain. Et c'est pourquoi, de manière prophétique, l'Église situe la défense de la vie comme souci prioritaire dans toutes les instances internationales où elle est conviée. Le vieillissement consécutif de la population conduit à un autre défi, cette fois économique. En effet, les choix politiques sont de plus en plus influencés par les intérêts des classes d'âge les plus nombreuses, c'est-à-dire les plus âgées ; il n'est qu'à voir aujourd'hui l'extrême difficulté à faire évoluer les systèmes de retraites. D'où, en corollaire, le risque d'un déplacement des conflits entre classes sociales (largement dominants encore durant le siècle dernier) vers des conflits entre classes d'âge sur le partage des richesses produites. Ceux-ci seront d'autant plus violents à mesure de la déstructuration des familles qui par nature rassemblent des classes d'âge différentes mais solidaires.

B. : Comprenons bien qu'il s'agit d'un déplacement considérable de la question sociale contemporaine : le combat pour la défense et la promotion de la vie est le combat social du XXIe siècle. C'est en ce sens que certains prédisent pour l'encyclique Évangelium vitae (1995) une fécondité analogue à celle qu'a eu au siècle dernier l'encyclique Rerum novarum (1891) pour l'engagement des chrétiens en faveur de la justice sociale.

D. : Ce combat pour la vie peut paraître à certains perdu d'avance tant le rapport de forces semble inégal. Ne nous laissons pas impressionner par cette culture de mort envahissante et par notre petit nombre. Jean Paul II nous le rappelle : " N'ayez pas peur d'être en minorité... l'histoire de l'Europe s'est construite sur le témoignage de solitaires qui ont donné leur vie. " Lorsque à 100, 10, voire tout seul, nous témoignons de la vérité de l'homme, Dieu fait irruption et rend féconde notre action.

B. : Tel l'exemple de cette femme nigérienne qui en juin dernier par son intervention a fait basculer la majorité des représentants de l'Assemblée spéciale des Nations unies à New-York, en faveur de la position du saint siège favorisant l'éducation et un développement économique qui tienne compte de la femme plutôt que l'installation de cliniques abortives dans les pays en voie de développement.

Dans un tel contexte, quelle doit-être, selon vous, la priorité des familles ?

B. : Tout d'abord être sans cesse un foyer d'amour, conjugal et parental, près duquel tous les proches pourront trouver secours et chaleur. Pour nous y aider : la prière familiale et bien sûr la vie sacramentelle.

D. : Nous avons vu comment également la famille est au cœur du combat pour la vie. C'est un combat de la raison humaine qui, avec audace, doit sortir des sentiers battus, pour dénoncer, éclairer, justifier, que le respect de la vie est chemin de liberté et de bonheur, que son non respect est source d'aliénation et de mort. D'où l'importance pour les familles de se former, de connaître l'enseignement de l'Église et d'en témoigner. Posons-nous désormais chaque jour la question : Qu'est-ce que j'ai fait aujourd'hui pour le respect de la vie ?

B. : L'audace de la raison, de la foi, de la vie, de l'amour, c'est l'audace tout simplement de l'Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie. C'est le cadeau jubilaire par excellence. Être une famille missionnaire est peut-être l'héritage le plus précieux que les parents peuvent transmettre à leurs enfants.

 
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