Le 10e colloque international de bioéthique : la vulnérabilité, danger ou richesse ?

Tous les ans, vers le 11 novembre, Bioéthique et Vie humaine organise un colloque multidisciplinaire de bioéthique à Paray-le-Monial (Bourgogne, France).

La vulnérabilité : danger ou richesse ?

Environ 500 personnes dont de nombreux professionnels de santé et des responsables d’associations se sont retrouvées du 11 au 13 novembre 2011 à Paray-le-Monial, pour le 10ème colloque de bioéthique organisé par la communauté de l’Emmanuel sur le thème de la vulnérabilité. Parmi les intervenants, Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et responsable du groupe de travail épiscopal sur la bioéthique, mais aussi Pierre-Yves Gomez, économiste et professeur de stratégie à l’Ecole de Management de Lyon ou encore Catherine Perrotin, maître de conférence en philosophie à l’université catholique de Lyon.  Des regards variés pour éclairer les diverses formes de vulnérabilité de la vie l’Homme, et y chercher la marque d’une commune humanité.

Mgr d’Ornellas : sortir de la dialectique du fort et du faible

« L’humanité est un peuple de vulnérables,  et c’est sa force ». Ainsi Mgr d’Ornellas a-t-il d’emblée interpellé les participants du colloque, les invitant à un retournement : si la société civile – notamment dans les débats bioéthiques – a récemment affirmé son souci de protéger et de prendre en charge la personne vulnérable, il nous faut cependant aller plus loin. « La théorie du care, c’est très bien, mais cela revient à considérer qu’il y a des gens vulnérables et d’autres non ». Une posture qui conduit le « faible », considéré comme dépourvu de responsabilité, à attendre toujours plus de la technique du fort.

Pour sortir de la « dialectique du fort et du faible », l’archevêque de Rennes a tenu à rappeler le caractère transcendant de la personne humaine : « Dans la révélation chrétienne, l’homme se découvre enfant de Dieu, aimé quelles que soient ses faiblesses, et capable de s’aimer lui-même pour ce qu’il est  et non pour ses talents. Ainsi, il peut assumer sa vulnérabilité. » Dès lors, la relation à l’autre change : il ne s’agit plus seulement de protéger celui qui est vulnérable, mais de voir en lui celui qui me révèle mes propres vulnérabilités.

Pierre-Yves Gomez : les dérives d’une médecine absorbée par l’économie libérale

Inattendue pour la plupart des participants, la contribution de l’économiste Pierre-Yves Gomez est venue éclairer sous un autre angle les dérives d’une médecine qui se technicise jusqu’à faire la promesse intenable d’une santé absolue et d’une vie sans souffrance.

Pour ce spécialiste d’économie politique, on retrouve appliqués à la santé les grands principes de l’économie libérale : un individu libre de choisir ce qui lui semble bon pour lui, et une auto-régulation des intérêts personnels censés conduire à l’intérêt général, sans aucune référence à un Bien commun.

Dès lors, la médecine n’a plus qu’à dispenser des services pour répondre aux demandes de ses « clients », dans une recherche d’efficacité toujours plus grande. « Le bon patient, c’est celui que l’on peut guérir », a lancé l’économiste,  un rien provocateur face à une assemblée constituée de nombreux professionnels de santé. Et la personne vulnérable ? Un pavé dans la mare d’un système qui en finit par oublier sa vocation première de service de la vie. Très parlant l’exemple de l’euthanasie donné par le conférencier : « Si les médecins jugent en fonction du sens de leur métier, alors on comprend qu’ils disent non, mais s’ils ne sont là que pour répondre aux demandes des gens, alors ils diront oui »…

Tugdual Derville : ne pas priver par avance un enfant d’un père et d’une mère

L’euthanasie est en effet l’un des dossiers de bioéthique les plus importants du moment, a confirmé Tugdual Derville, délégué général d’Alliance Vita, le nouveau nom de l’Alliance pour les droits de la vie. Invité d’honneur de ce 10ème colloque de bioéthique organisé à Paray-le-Monial, il a brossé un tableau des sujets sur lesquels l’association tente de mobiliser à la veille d’une grande échéance électorale : « Le mariage homosexuel  et le droit à l’adoption pour ces couples  est pour nous l’autre  grand enjeu de cette campagne présidentielle. Nous tentons d’expliquer aux personnalités politiques que l’on ne peut priver par avance un enfant du droit d’avoir un père et une mère ! »

Nulle tension toutefois chez ce militant qui reste émerveillé par toute vie humaine et redit l’humilité avec laquelle  les écoutants d’Alliance Vita accueillent les appels téléphoniques des femmes confrontées à une grossesse : « Ecouter, c’est leur laisser exprimer toutes leurs émotions, pour leur permettre de puiser en elles les forces de vie ».

Père Christophe Liony : face à la vulnérabilité, la voie de la compassion

Dans une dizaine d’ateliers, les participants ont ensuite pu travailler les réponses à apporter aux diverses vulnérabilités humaines : celle des soignants, confrontés au double piège de la toute puissance et du fardeau du surmenage, celle de la vieillesse à l’épreuve de la maladie d’Alzheimer, celle des parents d’enfant s différents, des couples ou des soignants confrontés à la stérilité…

Comment trouver un sens à ce qui peut en être dépourvu ? Prêtre et médecin, le Père Christophe Liony a conclu en évoquant trois attitudes possibles face à la vulnérabilité : la première est la fuite. Face à l’angoisse que provoque en lui la souffrance de l’autre, image de sa propre vulnérabilité, l’homme détourne la tête. La deuxième est le refus, dont la conséquence extrême pousse à supprimer celui-là même que l’on ne peut guérir.

Reste une troisième voie, celle de la sagesse, explorée par  diverses traditions religieuses et qui les conduit toute à l’expérience de la compassion. « Le  médecin est d’abord celui qui se laisse émouvoir par la souffrance », rappelle Christophe  Liony, auteur d’une thèse de médecine sur les soins palliatifs. Placée au centre des soins et des attentions, la personne vulnérable devient alors celle qui unit et apaise, à l’image du bébé choyé par sa famille.

Comme dans la parabole du Bon Samaritain, c’est la victime qui « sauve » son protecteur, en un renversement qui fait écho au scandale de la Croix évoqué par saint Paul : « Car ce qui serait folie de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes, et ce qui serait faiblesse de Dieu est plus fort que la force des hommes ». (I Co 1, 25).

À noter

Les enregistrements des conférences plénières du colloque de bioéthique 2011 seront accessibles en téléchargement sur le site de la librairie de l’Emmanuel début décembre 2011.

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